Retournants Défis, enjeux et réponses pour le Canada et le Québec
Contexte
Ce rapport traite du phénomène des personnes ayant quitté le Canada pour rejoindre le conflit syro-irakien (« départants ») et qui pourraient revenir au pays (« retournants »). Il propose une terminologie renouvelée — « départant » et « retournant », plutôt que « combattant étranger » ou « voyageur extrémiste » — jugée plus fidèle à la diversité réelle des profils et des motivations.
Méthode
L'analyse combine une revue extensive de la littérature internationale (Radicalisation Awareness Network, chercheurs spécialisés comme Hegghammer, Malet, Bakker) et l'expertise terrain du CPRMV, avec un chapitre dédié au cadre juridique canadien applicable à la gestion des retournants.
Faits saillants
- Entre 42 000 et 29 660 volontaires étrangers, selon les sources, auraient rejoint le conflit syro-irakien entre 2011 et 2016, dont un nombre restreint de Canadiens (estimé entre 180 et 250) et de Québécois (une trentaine).
- Le rapport propose une typologie du continuum des retournants : les « incorrigibles » (menace opérationnelle réelle), les « désengagés » (démobilisés mais à risque de réengagement) et les « déradicalisés » (marqués par la désillusion et le traumatisme).
- Les motifs de départ sont multiples : narratif de victimisation communautaire et humanitaire, narratif religieux (obligation d'un « islam intégral »), narratif idéologique (avant-garde de la lutte anti-occidentale) et narratif escapiste (quête d'aventure ou de sens).
- Les motifs de retour sont tout aussi divers : désillusion face aux discours contradictoires des groupes jihadistes, tensions culturelles avec les populations locales, conditions de vie très dures, mécontentement quant au rôle assigné, ou simple peur de mourir.
- Le ratio de retournants occidentaux ayant commis des attentats à leur retour demeure faible (environ 1 sur 360 selon une étude citée), mais les craintes politiques et médiatiques qu'ils suscitent ont des effets disproportionnés sur les politiques publiques.
- Le rapport plaide pour une approche pragmatique, à la croisée d'une perspective sécuritaire (judiciarisation quand nécessaire) et d'une perspective de réinsertion sociale, plutôt qu'une réponse uniquement répressive.
Portée
Ce rapport a directement nourri le débat public et politique canadien sur la gestion des retournants syro-irakiens, dans un contexte où la question demeure hautement sensible sur les plans sécuritaire, juridique et psychosocial. Le document « Plan d'action » présenté en Fiche 6 en constitue vraisemblablement le prolongement opérationnel.